Formats de fichiers
Qu'est-ce que le TIFF ? Le format du scan et de l'archive
Le TIFF est le format d'image sans perte des numérisations, des fichiers d'impression et des archives. Voici sa structure, ses options de compression et comment convertir les gros fichiers TIFF.
Auteur: Hemen Dönüştür Editör EkibiPublié le: 10 min de lecture

Le TIFF est la langue commune des documents numérisés, des photos professionnelles, des fichiers d'impression et de l'imagerie satellite. Stockage sans perte, profondeurs de couleur élevées, prise en charge du CMJN et plusieurs pages dans un même fichier : autant d'atouts qui le rendent indispensable aux archivistes et aux imprimeurs. Cette même souplesse produit pourtant des fichiers énormes et tient le TIFF presque totalement à l'écart du web. Cet article retrace l'histoire du TIFF, d'Aldus à Adobe, puis présente sa structure à base de balises, ses options de compression, des extensions comme le GeoTIFF, les problèmes courants et la façon de convertir un TIFF en JPG ou en PNG.
Qu'est-ce que le TIFF ?
Le TIFF (Tagged Image File Format) est un format de fichier à base de balises conçu pour stocker des images matricielles et les échanger entre logiciels. Ses extensions sont .tif et .tiff, et son type MIME est image/tiff. Comme le précise la spécification TIFF 6.0, le TIFF n'est ni un langage d'imprimante ni un langage de description de page : son rôle est de décrire et de stocker des données d'image matricielle.
Ce qui distingue le TIFF, c'est qu'il n'est lié à aucune méthode de compression ni à aucun modèle de couleur en particulier. La Library of Congress le décrit comme une enveloppe pour différents encodages de flux binaires, qui peuvent recourir à des schémas de compression et à des représentations des couleurs variés.
Histoire : Aldus, Microsoft et Adobe
- Automne 1986 : après une série de réunions avec des fabricants de scanners et des éditeurs de logiciels, Aldus Corporation publie la première spécification TIFF. Deux grands brouillons l'ayant précédée, cette version correspond en pratique à la « 3.0 ». L'objectif était d'offrir un format commun aux scanners de bureau.
- Avril 1987 : révision 4.0, essentiellement des améliorations mineures.
- Octobre 1988 : la révision 5.0, signée Aldus et Microsoft, ajoute les images en couleurs indexées (palette) et la compression LZW.
- 3 juin 1992 : publication de la révision 6.0 du TIFF, qui reste la référence aujourd'hui. Elle ajoute les définitions d'images CMJN, YCbCr et CIE L*a*b*, les images en tuiles et la compression JPEG, et scinde la spécification en une partie « Baseline » et une partie « Extensions ».
- 1994 : Adobe rachète Aldus et, avec lui, les droits sur la spécification TIFF.
- 1995 et 2002 : deux suppléments paraissent sous forme de notes techniques PageMaker et Photoshop. Celui de 2002 définit la compression Deflate (ZIP) et corrige la description erronée de la compression JPEG dans le TIFF.
Structure technique
En-tête et ordre des octets
Tout fichier TIFF commence par un en-tête de 8 octets. Les deux premiers indiquent l'ordre des octets : II (Intel, petit-boutiste) ou MM (Motorola, gros-boutiste). Viennent ensuite le nombre 42 et la position du premier répertoire d'image (IFD). En hexadécimal, un TIFF commence donc soit par 49 49 2A 00, soit par 4D 4D 00 2A.
IFD et balises
Un IFD (Image File Directory) est une liste de champs qui décrivent l'image. Chaque champ est un enregistrement de 12 octets : le numéro de balise, le type de données, le nombre de valeurs et la valeur elle-même ou sa position. Parmi les balises essentielles figurent ImageWidth, ImageLength, BitsPerSample, Compression, PhotometricInterpretation, XResolution et YResolution, ainsi que l'emplacement des données (StripOffsets ou TileOffsets). Comme un lecteur peut ignorer les balises qu'il ne comprend pas, le format est facile à étendre : c'est à la fois la force du TIFF et la source de ses problèmes de compatibilité.
Bandes, tuiles et fichiers multipages
Les pixels sont stockés en bandes horizontales (strips) ou, depuis le TIFF 6.0, en tuiles carrées. Les tuiles permettent à un logiciel de ne lire que la partie visible d'une très grande image, ce qui compte pour les cartes et la microscopie. Chaque IFD pointant aussi vers le suivant, un seul fichier peut contenir plusieurs images (sous-fichiers). C'est ainsi que sont stockés les fax et les documents numérisés de plusieurs pages, et le TIFF-FX (RFC 3949) définit un format basé sur le TIFF pour la télécopie par internet.
La limite de taille et le BigTIFF
Selon le TIFF 6.0, un fichier TIFF ne peut pas dépasser 2^32 octets, soit environ 4 Go, car les positions sont écrites sur 32 bits. Le BigTIFF, qui utilise des positions sur 64 bits, a été créé pour les très grandes images, mais sa prise en charge par les logiciels reste limitée.
Modèles de couleur, profondeur et transparence
Le TIFF 6.0 définit comme fonctions Baseline les images bitonales (noir et blanc), en niveaux de gris, en couleurs indexées et RVB. Les extensions ajoutent le CMJN pour l'impression, le YCbCr pour la vidéo et le JPEG, et le CIE L*a*b*, indépendant du périphérique. Outre 8 bits par canal, des échantillons sur 16 bits (voire en virgule flottante) sont possibles ; le TIFF 16 bits est courant en photographie professionnelle et en imagerie scientifique. Des canaux supplémentaires (ExtraSamples) peuvent être déclarés comme canal alpha, si bien que le TIFF peut porter de la transparence. Des logiciels comme Photoshop savent aussi enregistrer des calques dans un TIFF grâce à leurs propres balises privées, mais tous les programmes ne savent pas lire ces calques.
Options de compression
| Méthode | Perte | Idéale pour |
|---|---|---|
| Sans compression (1) | Sans perte | Compatibilité maximale, fichiers les plus lourds |
| CCITT Groupe 3 / Groupe 4 | Sans perte | Numérisations noir et blanc et fax |
| PackBits (32773) | Sans perte | Codage par plages simple, aplats |
| LZW (5) | Sans perte | Usage général ; gains modérés sur les photos et les graphiques |
| Deflate / ZIP (8) | Sans perte | Compresse en général un peu mieux que le LZW |
| JPEG | Avec perte | Photos ; fichiers plus petits au prix de la qualité |
En 1992, le LZW a été déplacé de la partie Baseline vers les Extensions pour des questions de licence. Selon la Library of Congress, le brevet concerné a expiré en 2003 aux États-Unis et en 2004 en Europe et au Japon : le LZW est donc libre d'utilisation aujourd'hui.
Usages typiques
- Numérisation et archives numériques : le TIFF est très utilisé comme format maître pour les images numérisées. La Library of Congress indiquait détenir plus de 3,5 pétaoctets de fichiers TIFF début 2022, et les recommandations FADGI, qu'elle contribue à piloter, retiennent le TIFF pour les fichiers maîtres.
- Impression et édition : grâce au CMJN et au stockage sans perte, le TIFF a longtemps été la norme pour les images envoyées à l'impression.
- Photographie professionnelle : les masters 16 bits exportés depuis des fichiers RAW sont souvent enregistrés en TIFF. De nombreux formats RAW d'appareils photo reposent d'ailleurs eux-mêmes sur la structure TIFF (TIFF/EP, ISO 12234-2).
- Systèmes d'information géographique (GeoTIFF) : développé au début des années 1990, le GeoTIFF ajoute aux balises TIFF des informations de coordonnées et de projection. Sa révision 1.0 a été définie en novembre 1995 ; c'est aujourd'hui la norme OGC GeoTIFF 1.1, très utilisée pour l'imagerie satellite et aérienne et les modèles d'élévation.
- Médecine et sciences : microscopes, télescopes et instruments de laboratoire choisissent le TIFF pour sa profondeur de couleur élevée et son stockage sans perte.
- Fax : le TIFF noir et blanc multipage compressé en CCITT est le format de fax classique.
Prise en charge
Photos de Windows, Aperçu sur macOS, Photoshop, GIMP, Affinity Photo et les logiciels SIG comme QGIS ouvrent le TIFF. Sur le web, c'est une autre histoire : selon MDN, les navigateurs autres que Safari n'affichent pas nativement les images TIFF. Le TIFF n'est donc pas utilisé pour le contenu web, même s'il est courant de proposer des fichiers TIFF en téléchargement pour une retouche ou une impression précises.
Points forts et points faibles
| Points forts | Points faibles |
|---|---|
| Stockage sans perte, 16 bits et plus par canal | Fichiers très volumineux |
| Prise en charge du CMJN, du Lab et des profils ICC | Non affiché par les navigateurs autres que Safari |
| Fichiers multipages et tuiles | La variété des balises et des compressions crée des problèmes de compatibilité |
| Recommandé par les archives, bien documenté | Limite de 4 Go en TIFF standard |
| Extensible : GeoTIFF, TIFF/EP, TIFF-FX | Peu pratique pour l'e-mail et les formulaires d'envoi |
Problèmes courants et solutions
Le fichier TIFF est trop lourd
Une seule page numérisée en TIFF peut peser des dizaines de mégaoctets. Pour la partager, convertir le TIFF en JPG la ramène en général à quelques centaines de kilo-octets. Pour conserver les détails sans perte, convertissez le TIFF en PNG : par rapport à un TIFF non compressé, le PNG est souvent bien plus léger. Gardez la copie d'archive en TIFF ; la réenregistrer avec une compression LZW ou Deflate fait aussi gagner de la place sans perte.
Un logiciel ou un site refuse d'ouvrir le TIFF
Soit le logiciel ne prend pas du tout en charge le TIFF, soit le fichier utilise une compression, un modèle de couleur (CMJN, Lab) ou une profondeur qu'il ne sait pas gérer. Dans les deux cas, une conversion en JPG ou en PNG règle le problème.
Seule la première page d'un TIFF multipage s'affiche
Beaucoup de visionneuses et de convertisseurs ne lisent que le premier IFD. Nos convertisseurs TIFF ne convertissent eux aussi que la première page. Si vous avez besoin de toutes les pages, découpez d'abord le fichier en pages séparées ; une fois les pages converties en JPG, vous pouvez les réunir dans un seul PDF avec JPG en PDF.
Les couleurs ont changé après la conversion
Les TIFF en CMJN ou à gamut étendu préparés pour l'impression sont convertis en sRVB pour l'écran et le web, et les couleurs saturées en particulier peuvent légèrement varier. Les fichiers 16 bits sont aussi ramenés à 8 bits par canal en JPG et en PNG.
Impossible d'enregistrer un fichier de plus de 4 Go
Vous avez atteint la limite du TIFF standard. Enregistrez avec un logiciel qui prend en charge le BigTIFF, ou découpez l'image en plusieurs parties.
Conseils de conversion
- Le JPG pour le partage et le web : le résultat le plus léger et le plus compatible pour les photos et les numérisations en couleur.
- Le PNG pour le texte, le dessin au trait et la retouche : sans perte, il préserve la netteté des contours.
- Encore trop lourd ? Réduisez le fichier converti avec redimensionner une image, ou ramenez-le à une taille cible avec compresser une image ; ces deux outils fonctionnent dans votre navigateur.
- Gardez le master : archivez l'original de chaque TIFF converti en JPG ; repasser du JPG au TIFF ne restitue pas les détails perdus.
À noter : comme la plupart des navigateurs ne savent pas lire le TIFF, sur nos pages de conversion TIFF, les fichiers sont envoyés à nos serveurs via une connexion sécurisée, convertis sur place puis supprimés au plus tard dans les 30 minutes.
Questions fréquentes
Y a-t-il une différence entre TIF et TIFF ?
Non. Ce sont deux extensions du même format ; .tif remonte aux anciens systèmes limités à des extensions de trois caractères.
Le TIFF est-il sans perte ?
La plupart du temps, oui. Les TIFF non compressés ou compressés en LZW, Deflate, PackBits et CCITT sont sans perte. Le TIFF compressé en JPEG est avec perte.
Pourquoi les fichiers TIFF sont-ils si lourds ?
Le TIFF stocke généralement les pixels sans compression avec perte, souvent avec une profondeur de couleur élevée. Un JPG de la même image est bien plus léger grâce à sa compression avec perte.
Faut-il envoyer un TIFF ou un PDF à l'imprimeur ?
Le TIFF reste largement accepté pour une image seule ; pour les mises en page qui mêlent texte et images, les imprimeurs demandent en général un PDF. Vérifiez les exigences de l'imprimeur avant l'envoi.
Un GeoTIFF s'ouvre-t-il dans une visionneuse TIFF classique ?
Oui, la partie image s'ouvre comme n'importe quel TIFF. Pour lire les informations de coordonnées et de projection, il faut un logiciel SIG comme QGIS, et ces informations sont perdues lors d'une conversion en JPG ou en PNG.


